Mauser C/96

Pistolet Mauser C/96 (Allemagne)

Caractéristiques
Modèle militaire
Calibre : 7,63 mm ou 9 mm.
Poids : 1,220 kg.
Longueur : totale, 308 mm; du canon, 140 mm.
Vitesse initiale : (7,63 mm) 433 m/s.
Capacité du chargeur : 10 cartouches.

par Yves L Cadiou

Ce jeudi 20 avril 1896 est un grand jour pour Paul Mauser, "patron" de la Mauser Waffen-fabrik d'Oberndorf : le kaiser Guillaume II lui a fait l'honneur de le convoquer au stand de tir de Kathrinenhotz, à Postdam, afin d'essayer le tout nouveau pistolet automatique récemment mis au point par la grande firme.

Paul Mauser attend beaucoup de cet impérial essai, ces 20 cartouches ti­rées par le kaiser risquent fort de lui permettre de "faire le doublé" de l'arme réglementaire allemande avec un fusil à répétition manuelle pour le "Feldgrau" et un pistolet automati­que modèle 1896 destinés aux of­ficiers en remplacement du Reichs-revolver 1879 en calibre 10,6mm à poudre noire absolument dépassé à l'heure du pistolet automatique. Une fois le mémorable essai terminé, une mention spéciale sera gravée, en ca­ractères gothiques, sur le flanc gau­che du magasin de l'arme attestant du tir impérial, puis l'arme sera consi­dérée comme une vénérable relique et exposée dans une vitrine d'où elle a disparu depuis longtemps. Mais Paul Mauser "restera sur sa faim" car aucune commande de l'armée alle­mande ne viendra concrétiser l'opi­nion favorable de Guillaume II ; qui mieux est, jamais le pistolet automa­tique Mauser modèle 1896 ni ses dérivés, pas plus du reste qu'aucune des armes de poing Mauser, ne seront réglementaires dans aucune des forces armées allemandes.


Les revolvers Mauser "Zig-Zag"

C'est aux environs de l'année 1875 que remonte la première expérience des frères Mauser en matière d'ar­mes de poing. A Oberndorf l'on étu­die, puis on réalise alors un revolver à simple et à double effet dont le ba­rillet est mis en rotation par une gorge usinée à sa périphérie. Le re­volver Mauser modèle 1878 est pré­senté à la "PrùfungsKommission" en vue de son adoption éventuelle par l'armée allemande, mais en pure perte.

L'arme est jugée trop chère et, de plus, comme pour le fusil réglemen­taire, les responsables militaires alle­mands ont mis au point ce qu'ils considèrent comme une "petite mer­veille" : le Reichsrevolver modèle 1879. Dépité, Paul Mauser s'en re­tourne à Oberndorf où il va être contraint de fabriquer 1 500 Reichs-revolver modèle 1879 s'il veut dé­crocher la commande de 19 000 de ses fusils pour le compte de Wur­temberg.


Le pistolet automatique en Europe

La découverte, par le Français Paul Vieille, de la poudre sans fumée va jeter un jour nouveau sur le concept tant de l'arme d'épaule que de poing. Jusqu'alors cette dernière n'était concevable que sous la forme du pis­tolet à un coup ou du revolver, la poudre noire encrassant très rapide­ment les mécanismes complexes de l'époque. Si les Etats-Unis se canton­nent dans le domaine du revolver, qui fait partie quasi intégrante de leur folklore, à l'exception de la France, qui vient d'adopter son revolver ré­glementaire modèle 1892 en calibre 8 mm à poudre sans fumée et la Grande-Bretagne, traditionnellement fidèle aux Webley and Scott en tout genre, les pays européens se lancent dans l'étude et la réalisation de pis­tolets automatiques où le génie in­ventif de leurs concepteurs n'a d'égal que l'inefficacité totale de ces armes aux mécanismes absolument aber­rants ; en Autriche, Schonberger réa­lise à Steyr, à partir du brevet Lau-mann, un hybride de pistolet auto­matique. Le Prussien Schwarzlose, émigré à Steyr, s'intéresse aussi à cette arme nouvelle, ce qui se traduit par une monstruosité où les cartou­ches sont rangées verticalement l'une derrière l'autre sous le canon, un transporteur-élévateur les faisant pi­voter de 90° avant qu'elles soient chambrées dans le canon. 

Mille huit cent quatre-vingt-douze est égale­ment l'année où Théodore Berg­mann, de Suhl, et fabricant d'articles de sport et de carabines à air com­primé, lance ses pistolets automati­ques modèles 1 et 2 en calibre 5 mm qui ne sont, somme toute, que des armes relativement simples où le mé­canisme du revolver a été conservé pour la percussion alors que le ba­rillet a été remplacé par un magasin droit situé sous la boîte de culasse recevant les munitions placées dans un clip du type Mannlicher. D'une puissance bien modeste, les Bergmann constitueront cependant la première génération viable de pisto­lets automatiques.  Avec Hugo Borchardt, citoyen alle­mand et transfuge de la Winchester Repeating Arm Co., Ludwig Loewe de Berlin va pouvoir mettre sur le marché, en 1893, le premier pistolet automatique réellement efficace. Pour la première fois, les huit cartou­ches spéciales de calibre 7,65 mm Borchardt sont placées dans un char­geur amovible introduit à l'intérieur de la poignée. A rencontre de ses concurrents, le Borchardt se vend re­lativement bien et va même faire une timide carrière aux U.S.A., royaume du revolver. 
 

Et à Oberndorf ?

Toute l'armurerie austro-allemande est gagnée par la fièvre du pistolet automatique, tandis que la Waffen-fabrik Mauser semble s'en désinté­resser complètement. Mais trois hommes ne peuvent rester insensibles à l'ascension de cette arme nou­velle qu'est le pistolet automatique. Ils ont nom Fidel, Josef et Friedrich Feederle, trois frères wurtembergeois que la passion des armes a conduits à la Mauser Waffenfabrik où Fidel est l'un des principaux collaborateurs de Paul Mauser. A l'insu du "grand patron", ils œuvrent sur une idée qui débouchera peu après sur le célèbre pistolet automatique Mauser modèle 1896. En quelques mois les trois frè­res ont concrétisé leur étude par un prototype pratiquement terminé lors­que le "maître d'Oberndorf" tombe dessus par inadvertance lors d'une de ses visites aux ateliers. La colère qu'il "pique" alors est demeurée mémora­ble et l'on en parle encore au­jourd'hui. Cette réaction est vraisem­blablement due au fait que Paul Mauser ait découvert les frères Fee­derle "bricolant" à un pistolet auto­matique auquel il ne croit guère ; toute l'attention des responsables de la Waffenfabrik se devait alors d'être polarisée sur la réalisation de ce qui allait être le futur "Gew. 98" de l'ar­mée allemande. Mais alors pourquoi donner, à quelque temps de là, le feu vert pour l'achèvement du proto­type ? Paul Mauser n'a-t-il pas la prémonition que, dans un avenir plus ou moins proche, le Waffenamt va vouloir remplacer les Reichsrevolver modèle 1879 et modèle 1884 par un pistolet automatique plus mo­derne ?

L'idée du Borchardt a fait son chemin. Le prototype des frères Fee­derle chambre, bien entendu, la cartouche de 7,65mm Borchardt ; quant à sa forme, elle est, à peu de chose près, ce qu'elle restera au fil des ans jusqu'à la fin de la fabrication du Mauser 1896 et de ses dérivés. Le 15 mars 1895, l'arme tire ses premières balles, comme l'indiquent le rapport d'essais et la date gravée sur le flanc gauche de la carcasse du prototype. Paul Mauser prend alors des brevets dans le monde entier ; le Deutsche Reich Patentamt lui dé­cerne le brevet 90430 le 11 décem­bre 1895; en France, le brevet por­tera le numéro 253098 du 10 janvier 1896   et il faudra attendre le 15 juin 1897   pour que le Patent Office de Washington   accorde   le   brevet   n°584479.  
 

Une cartouche exceptionnelle

Très vite l'on se rend compte que le nouveau pistolet Mauser "peut mieux faire" ; dans les mois qui suivent l'es­sai du prototype, l'on extrapole de la 7,65 mm Borchardt une nouvelle car­touche semblable mais plus puis­sante d'environ 20 % : la 7,63 mm Mauser qui restera, jusqu'à la venue de la .357 Magnum, la munition la plus rapide avec ses 430 m /s. D'une puissance d'arrêt relativement mo­deste, la balle n'en a pas moins un coefficient de pénétration élevé. Sa vitesse exceptionnelle lui confère une trajectoire très tendue et rapidement le Mauser 1896 se verra doté d'une hausse pour le tir à 1 000 mètres, bien que, malgré l'étui-crosse en bois, la précision du tir à cette distance soit des plus aléatoires. Cette muni­tion va être adoptée en Espagne et surtout en Union soviétique. La munition restera réglementaire dans les Pays de l'Est et dans la Chine po­pulaire bien après la fin du second conflit mondial.

Les variantes du Mauser modèle 1896Bien entendu, seul le prototype et quelques armes de présérie seront chambrés en 7,65 mm Borchardt et présenteront un chien classique à crête striée. Dès le début de la fa­brication, en série, le pistolet est chambré pour la cartouche de 7,63 mm Mauser et le chien à crête remplacé par un chien arrondi aux fa­ces latérales garnies de cônes à gra­dins concentriques. Nombre de composants et de caractéristiques vont évoluer de façon mineure au fil des ans (capacité du magasin, calibre, forme du chien, longueur du canon, usinage des flancs de la carcasse, forme de la sûreté, du percuteur, de l'extracteur, de la poignée, etc.) mais deux choses resteront inchangées jusqu'à l'arrêt des fabrications: l'al­lure générale de l'arme et surtout le mode de chargement par lame char­geur sera maintenu sur la dernière variante modèle 1930 à chargeur amovible et sur le "Schnellfeuer". Vouloir classer chronologiquement les diverses variantes du Mauser 1896 serait une œuvre de bénédictin d'autant que l'attribution de numéro de série aux armes fabriquées relève d'une certaine fantaisie.

Par exemple, il était de bon ton, à Obderndorf, de sauter des tranches complètes de plusieurs milliers de numéros de série afin d'impressionner un éventuel client. Qui plus est, les armes produites au titre de certains contrats sont affectées de numéros de série pris dans des tranches spéciales. Seules quelques modifications relati­vement marquantes vont permettre un classement bien précaire. On trou­vera tout d'abord le modèle 1896, bien sûr, puis le modèle 1912, le mo­dèle militaire 1916 en calibre 9mm Parabellum, pour finir par le modèle 1930 et sa version "Schnellfeuer" (pistolet-mitrailleur). La place nous manque ici pour décrire tous ces mo­dèles et évoquer l'évolution de cer­taines pièces qui permet une classi­fication relative dans le temps, aussi renverrons-nous le lecteur à l'ouvrage Paul Mauser et ses armes (Editions Argout) ou bien encore à "System Mauser" (en anglais), par MM. Brea-thed et Schroeder, véritable encyclo­pédie du Mauser modèle 1896. Nous nous bornerons donc à citer : les six formes de chien, les deux types de détente, les quatre formes de sûreté, les trois sortes de percuteur, les deux types d'extracteur, les douze modèles de flancs de carcasse et les deux types de hausse, en faisant toutefois abstraction des multiples sortes de graduations.

Un démarrage difficile

Dès la sortie d'usine des premiers pistolets, la Mauser Waffenfabrik prospecte les utilisateurs potentiels en quête d'un marché. Mais l'un des défauts majeurs de ce nouveau pis­tolet réside dans son prix élevé car toutes les pièces sont usinées dans la masse, finies à la main et, à l'ex­ception de celle fixant les plaquettes de poignée, ni vis ni axe ne rentrent dans la fabrication de l'arme. Soumis à la "Gewehrprùfung Kommission" allemande, le pistolet est jugé ines­thétique, volumineux, lourd et plus vraisemblablement trop cher pour une arme militaire. Le célèbre essai du 20 avril 1896 par le kaiser ne permettra cependant pas de fléchir la décision de la commission militaire ; l'avenir du Mauser 1896 en tant qu'arme de poing réglementaire alle­mande semble sérieusement com­promis.

A Oberndorf on va tout tenter pour élargir la gamme. Ce sera d'abord un "96" allégé puis, un "96" avec char­geur de 20 cartouches pour satisfaire en particulier les colons. En montant sur la carcasse un canon plus long et une véritable crosse fixe ou amo­vible, l'on obtient ainsi un hybride de carabine à répétition semi-automati­que que peu d'amateurs apprécient alors. Une expérience similaire tentée par la Deutsche Waffen und Muni­tion Fabrik avec la transformation du pistolet Parabellum en carabine se soldera aussi par un échec. Ce n'est que de nos jours que ces armes ra­rissimes attirent les collectionneurs fortunés.La première commande officielle de Mauser 96, bien que modeste, vien­dra de Turquie où le sultan Abdul Hamid vient de signer à la Waffen­fabrik un contrat pour la fourniture de 500000 fusils modèle 1887 et 1 000 pistolets automatiques modèle 1896. Ces derniers portent, sur le flanc gauche de la carcasse, l'emblême turc surmon­tant la date "1314" de l'Hégire,  la  planche de hausse est graduée de 1 à 10 en caractères arabes.

Dès 1897 le réseau commercial de Mauser à l'étranger est en place : von Lengerke et Detmold à New York, Westley Richard et C° à Londres, la Manufacture d'armes et cycles de Saint-Etienne en France, Farnossolski et Vetter à Moscou, etc. Ce sont du reste ces derniers qui vont placer 520 pistolets sur le marché russe alors que l'Allemagne n'en absorbe que 384. Disons que la situation est assez trouble dans la Russie tsariste et les importateurs moscovites feront d'excellentes affaires avec la Waffen-fabrik Mauser jusqu'en 1917, date à laquelle le leader exilé Lénine fera parvenir clandestinement de l'arme­ment et en particulier des Mauser 1896 aux révolutionnaires russes.

 

Le "Mauser Marina"

Ce n'est qu'en 1899 qu'une seconde commande officielle viendra confor­ter, en quelque sorte, la position du pistolet automatique modèle 1896 dont le futur semble des plus incer­tains. La marine italienne passe of­ficiellement une commande de 5 000 pistolets 1896 d'un type spécial. Du­rant la Première Guerre mondiale, ces pistolets se retrouveront en service sous l'appellation officielle de "Pistole Automatiche Modello 1899". De nos jours ces armes sont très recherchées par les collectionneurs italiens qui les surnomment "Mauser Ma­rina". Par la suite, les responsables militaires italiens essaieront d'autres modèles de pistolets automatiques et ne renouvelleront pas de commande à Oberndorf.

 

Une arme "parallèle"

Une liste des premières ventes du pistolet modèle 1896 nous indique les dates des contrats turc et italien et nous apprend aussi que le chiffre des ventes de l'arme semble étroite­ment lié à l'évolution politique de certains pays: en 1898, la guerre éclate en Afrique du Sud entre les Boers, d'origine hollandaise, et les Britanniques: durant les quatre an­nées que durera cette guerre, la Waffenfabrik Mauser exportera plus de 7 000 pistolets modèle 96 vers l'Angleterre où le lieutenant Winston Churchill achètera l'un d'entre eux qu'il emportera dans sa campagne au Soudan et en Afrique du Sud. La Hollande, quant à elle, verra rentrer bon nombre de ces armes.

En 1905, la guerre russo-japonaise se termine par une cuisante défaite de la Russie, la révolte gronde, les marins du célèbre cuirassé Potem-kine s'insurgent à Odessa... A cette date plus de 1940 "96" sont expor­tés d'Oberndorf vers la Russie, alors que jusque-là le plus haut chiffre de vente annuel n'avait jamais dépassé 530 exemplaires. Sur tous les champs de bataille, grands ou petits, le pistolet automatique Mauser 1896 est présent dans un camp ou dans l'autre ou dans les deux. Et pourtant cette arme ne sera jamais réglemen­taire dans aucun pays du monde. Sa présence dans les conflits peut s'ex­pliquer par le fait que, fort long­temps, l'officier approvisionnait son arme de poing sur ses propres de­niers.

 

Des concurrents très sérieux

1900 va sonner le glas des espoirs fondés à Oberndorf sur le Mauser 1896. En effet, Georg Luger vient de sortir son "Borchardt amélioré" qui va prendre le nom de "Parabellum" en Europe et de "Luger" aux U.S.A.

A quelques mois de sa sortie, le Pa­rabellum a déjà acquis ses lettres de noblesse auprès des états-majors et il ne reste plus guère que le marché civil que Mauser puisse encore pros­pecter, mais alors la Fabrique natio­nale d'armes de guerre de Herstal en Belgique sort le pistolet automatique Browning modèle 1900 en calibre 7,65 mm. Tout espoir pour Mauser de se placer sur le marché civil s'en­vole à jamais. Comble de la décep­tion, les forces armées allemandes sur lesquelles Mauser fondait encore quelque espoir pour son pistolet au­tomatique adoptent elles aussi le Pa­rabellum en calibre 9 mm Parabel­lum.

L'expansion coloniale battant alors son plein, le Mauser 96 trouvera cependant de nombreux adeptes aux colonies où il reste néanmoins "l'arme la plus puissante qui existe dans la catégorie des pistolets auto­matiques..."

 

Le Mauser   1896 au combat

Mai 1914, Paul von Mauser, anobli par le kaiser, meurt. Trois mois plus tard, c'est la guerre. Chez DWM, à Ertfurt, à Spandau et ailleurs, l'on s'affaire à la fabrication intensive du Parabellum réglementaire dit "P08"; qui aux mains des "Feldgrauen" enerrés dans les tranchées boueuses s'avère vite inexploitable et révèle alors toutes ses carences. Le bon vieux modèle 1896, lourd, inesthéti­que et tant décrié jusqu'alors, est ca­pable d'avaler toutes sortes de mu­nitions quel que soit son environnement. L'armée allemande commande alors, en toute hâte, 150 000 pisto­lets automatiques Mauser en calibre 9 mm Parabellum qui porteront la désignation de modèle 1916. Malgré cela, l'arme ne sera jamais considérée comme réglementaire par les états-majors allemands, qui ne voudront jamais admettre s'être trompés dans le choix de Parabellum. Ce sera l'ins­trument de prédilection des net­toyeurs de tranchées et nos "poilus" ne manqueront pas de récupérer cette arme pour leur propre usage. Ce modèle 1916 se distingue plus particulièrement par le chiffre "9" gravé sur chacune des plaquettes de poignée, la hausse graduée à 500 mètres et une finition "de guerre" où les traces d'outils sont assez nom­breuses.

 

Les silences d'Oberndorf et reprise des "cœurs basques"

L'armistice de novembre 1918 met un frein aux ardeurs militaires germa­niques et aux productions d'armes de la Waffenfabrik Mauser et autres. Les stocks sont pilonnés. Quelques rarissimes armes vont survivre pour équiper les 100000 hommes de l'ar­mée de l'armistice concédée par les Alliés. Les Mauser modèles 1896, 1912 et 1916 ont leur canon sys­tématiquement raccourcis à 100mm. Puis, c'est le grand silence dans l'usine d'Oberndorf mise en veilleuse. Mais les plus touchés sont les clients habituels de Mauser et les Chinois en particulier, amateurs de "96". Devant l'absence d'approvisionnement en provenance d'Oberndorf, les "fils du Céleste Empire" se lancent dans la réalisation de leur arme favorite avec plus ou moins de bonheur et le mé­diocre y côtoie le pire. Certains pis­tolets sont reconstitués à partir de pièces existantes, d'autres sont entiè­rement "faits main". Les armuriers du Pays basque espagnol vont profiter du créneau laissé libre par Mauser en Extrême-Orient.

Mais la fabrication du Mauser modèle 1896 et de ses dérivés reste des plus coûteuses; avec l'Astra 900, l'on retrouve l'allure générale de l'arme d'origine, mais le mécanisme interne est totalement différent et simplifié. L'Astra 902 est doté d'un magasin de 20 cartouches alors que l'Astra 903 reçoit des char­geurs amovibles de 10 ou 20 car­touches en calibre 7,63 mm Mauser. Mais l'avenir semble s'ouvrir tout grand devant l'Astra modèle "F" qui tire, en rafale, ses 10 ou 20 cartouches de 9 mm "Largo". Encouragés par le succès d'Astra, d'autres Bas­ques espagnols fabriqueront les "Royal", "Azul", "Super Azul" direc­tement inspirés par le Mauser 96 d'origine. Durant la guerre d'Espagne, tous ces "pistolas automaticas y maquinas" se retrouveront dans les deux camps des frères ennemis. Vers  1930, non seulement plus aucun pis­tolet automatique Mauser ne par­vient en Extrême-Orient, mais les Es­pagnols ont quasiment saturé le mar­ché avec des armes d'excellente fac­ture, plus efficaces et bien moins chères que celles livrées par Oberndorf.

Les   restrictions   alliées   en   matière d'armement se sont quelque peu as­souplies et sur les bords de la Neckar on prépare la "reprise". Pour concur­rencer les  Espagnols sur un  terrain qu'ils considèrent leur, les dirigeants de chez Mauser vont s'inspirer des réussites basques et tenter de faire mieux. On modifie légèrement le mé­canisme du  modèle   1912  dont on dispose encore des outillages et c'est la sortie du modèle  1930 avec ma­gasin   fixe   de    10   cartouches   de 7,63 mm Mauser, puis avec chargeur amovible de 10 et 20 cartouches de même   calibre.   Pour   concurrencer l'Astra modèle F, Josef Nickl adapte le pistolet automatique au tir à rafale ma'is c'est en définitive ïa transîor-mation de l'ingénieur Karl Westinger qui   sera   retenue   pour   le   nouveau modèle "Schnellfeuer" tirant à rafale la munition de 7,63 mm Mauser ou de 9 mm Parabellum placée dans des chargeurs  amovibles  de 10 ou 20 cartouches.

 

"L'attentat"

A partir de 1933, la politique d'hé­gémonie menée par le nouveau chancelier A. Hitler entraîne le réar­mement de l'Allemagne. Les usines Mauser retrouvent les cadences de production qui lui sont chères. D'im­portantes quantités d'armes dont des Mauser, sont fournies aux satellites de l'Allemagne. L'un d'eux, le leader de l'Oustava, a décidé de porter un grand coup à l'unité Yougoslave : Alexandre Ier de Yougoslavie se rend en France pour y rencontrer le pré­sident Lebrun. Il débarque à Marseille le 9 octobre 1934 où l'attend Louis Barthou, ministre des Affaires étran­gères et une foule de curieux. En­goncé dans son grand uniforme d'amiral doublé de plaques de blin­dage, le roi prend place à côté de Barthou dans la voiture qui va les conduire vers la préfecture. Alexan­dre n'aura connu que la centaine de mètres qui sépare le Vieux-Port du Palais de la Bourse où l'attend Vlada Georgejev, alias Petrun Kalemen. Le terroriste bouscule le service d'ordre, surpris par cette manifestation spon­tanée, grimpe sur le marchepied de la Delage décapotable officielle et vide les 20 cartouches de 7,63 mm Mau­ser de son Schnellfeuer. Le roi, mortellement touché, agonise sur la banquette arrière alors que le lieutenant-colonel Piolet "sabre" l'oustachi.

Louis Barthou, l'artère fémorale ou­verte, se rend à pied à l'Hôtel-Dieu où il meurt exsangue quelques heu­res plus tard. Si le choix de la mu­nition était judicieux pour "passer" la doublure blindée de l'uniforme, celui du Schnellfeuer l'était beaucoup moins quand l'on sait le relèvement de l'arme en tir à rafale qui allait faire du ministre français la victime non prévue de l'attentat.

 

Une fin héroïque

En 1938, le Waffenamt adopte le pistolet automatique Walther "Hee-repistole", qui va devenir le P-38, au détriment du pistolet HSc de la Mau-ser SNerte A».G. sut taqu^te te sort semble s'acharner en matière de pis­tolets réglementaires allemands. La Werhmacht occupant la quasi-tota­lité de l'Europe, le besoin d'armes en tout genre se fait alors de plus en plus pressant ; non seulement la Ra-dom Vis polonaise, la F.N. belge, la M.A.B. française, etc. livrent des pis­tolets automatiques à l'occupant, mais également la Mauser Werke, qui se voit contrainte de fabriquer des pistolets automatiques de "la concurrence" avec les P-08 et P-38. Sur le front russe, où le fantassin al­lemand s'englue dans la boue et dans la neige, ces deux "merveilles de mécanique" sont d'une efficacité dou­teuse et lorsque l'on exhumera des magasins d'Oberndorf un vieux stock d'environ 12000 Schnellfeuers, cer­taines sections de Waffen SS du front de l'Est en seront équipées et renoueront ainsi avec l'une de leurs armes favorites.

Ce ne sont pas ces 12000 pistolets qui vont sauver l'Allemagne de la dé­faite et, une fois de plus, les ateliers des bords de la Neckar vont connaî­tre la période des "vaches maigres". Puis, petit à petit, l'on s'y lance dans la fabrication de carabines de grande chasse et, pour faire face à une de­mande sans cesse croissante de "Lu-ger" aux U.S.A. qui ont absorbé tous les "surplus", la Mauser Jagdwaffen va reprendre, ironie du sort, la fabri­cation du pistolet Parabellum qui a évincé le Mauser 96 et ses dérivés de tous les marchés militaires. De nos jours, la fabrication du Parabel­lum se poursuit à une cadence res­treinte et il est bien dommage, quoi­que impensable, que la remise en fa­brication de ce "bon vieux 96", rétro et coûteux certes mais combien at­tachant, ne puisse être envisagée.

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