Imprimer
Catégorie : Fusils d'assaut
Écrit par Super User
Affichages : 11244
F.S.A. 1949-56

Caractéristiques

Calibre :  7,5 mm.

Poids de l'arme nue :  3,9 kg.

Longueur de l'arme:   1,02m.

Longueur du canon :  52,5 cm.

Longueur de la ligne de mire :  57 cm.

Rayures : 4 rayures à gauche au pas de 27 cm.

Vitesse initiale :  830 m/s.

Vitesse pratique de tir:  20coups/mn.

Portée maximale :  3,5 m.

Portée pratique :  400 m.

 

Par Stéphane Ferrard

La genèse

Contrairement à une idée fort répandue, le fusil semi-automatique n'est pas arrivé "comme un cheveu sur la soupe" à la Libération pour devenir, dès 1949, le FA modèle 1949 puis, modifié pour le tir à la grenade en  1956, le F.S.A. 1949-1956. A l'époque où l'on adopta le 1949-1956, il existait un fusil automatique  en   calibre   7,62 mm,  le   F.A. type 1954 ou 1956 tirant en rafale. Le choix du  1949-1956 fut donc réfléchi et  non  imposé  par les  circonstances. Mais n'allons pas si loin et reprenons l'histoire à son début.


 

Le vieux rêve de l'automatisme

Dès la fin du XIXe siècle, l'idée de doter la troupe d'un fusil à répétition automatique devint, pour les militaires, une réa-lité avec la possibilité d'utiliser les gaz du premier coup tiré pour enclencher un cycle mécanique permettant d'introduire automatiquement la cartouche suivante dans la chambre de l'arme.

En France, les études débutèrent vers 1896 pour déboucher très rapidement sur des prototypes dès l'aube du XXe siècle. Par ce moyen, les militaires français pensaient pouvoir prendre la supériorité du feu sur l'ennemi potentiel de l'époque, à savoir l'armée allemande, qui venait de s'équiper du "fin du fin" en matière d'arme à répétition manuelle : le Mauser 1898.

Malheureusement, la cartouche réglementaire de 8mm modèle 1886, vu sa forme bouteille, ne s'adaptait guère à l'automatisme. En introduisant le fusil automatique, les Français espéraient ne devoir changer qu'une partie de leur système d'armement d'infanterie mais, la munition ne "jouant pas le jeu", il ap-parut rapidement qu'il fallait changer non pas une partie du système, mais tout le système. Les trois millions de fusils modèle 1886-1893 du général Boulanger allaient coûter très cher.

Des essais de munitions en calibre 6,5 mm ou 7 mm à haute vitesse initiale furent effectués par l'A.P.X. et quelques dizaines de fusils automatiques essayés en corps de troupe. Tout cela n'alla pas très loin et l'approche de la guerre mit un terme provisoire à l'idée de doter chaque combattant d'un fusil à répétition automatique.


 

L'automatisme pour les bons tireurs

Le principal avantage de la répétition automatique est, comme chacun sait, de permettre de tirer plusieurs cartouches sans changer de ligne de mire, contrairement à la répétition manuelle. Par contre, dans les années qui précédèrent 1914, deux inconvénients apparurent :

- Sophistication et fragilité du système automatique ;

- Consommation   de   munitions   augmentée.

N'oublions pas qu'avant 1914 le traite-ment des aciers n'était pas ce qu'il est aujourd'hui et qu'adapter à une arme d'une masse d'environ quatre kilogrammes un principe utilisé par des armes (mitrailleuses) dont la masse atteignait allègrement quinze kilogrammes sans affût posait quelques problèmes.

En ce qui concerne les munitions, le ravitaillement s'effectuant à dos d'homme en première ligne, moins on en tirait, mieux cela valait. Dès 1914, les aviateurs réclamèrent des armes automatiques, mais aussi les bons tireurs que nous appelons maintenant les tireurs d'élite. Aviateurs ou bons tireurs, avares de leur feu, exigeant l'automatisme pour doubler le coup si le premier n'avait pas porté, soigneux de leur arme, relançaient l'intérêt pour le fusil automatique. On donna satisfaction aux aviateurs avec le fusil automatique A6 en 7 mm dont un millier furent distribués avant d'être rapidement détrônés par la mitrailleuse. Pour les fantassins, on étudia un fusil automatique en calibre 8 mm (F.A. modèle 1917) dont 86000 exemplaires équipèrent les bons tireurs.


 

Le sens giratoire

Après 1918, le système 8 mm ayant fait la preuve de son incapacité dans le domaine de l'automatisme, on étudia une nouvelle cartouche (future 7,5 mm modèle 1924) qui allait relancer l'idée du fusil automatique pour l'ensemble de la troupe et non plus uniquement pour les bons tireurs. Ce fut le programme de 1921 qui réclamait un fusil automa¬tique utilisant une cartouche nouvelle afin de remplacer, dans un avenir plus ou moins lointain, les armes à répétition manuelle bonnes pour la réforme.

Depuis 1914, les choses avaient forte-ment évolué ; en effet, on pouvait en-visager un fusil automatique pour les raisons suivantes :

- Nécessité  d'augmenter   la   puissance de feu de l'infanterie ;

- Précision de l'arme accrue;

- Sophistication des systèmes à l'étude moindre   que   celle   des   systèmes d'avant-guerre ;

-   Fabrication en masse des munitions au point;

-   Apparition du véhicule chenille pour le ravitaillement en première ligne (future chenillette 31 R).

Ainsi libérée des contingences qui l'avaient freinée avant 1914, l'armée française pouvait espérer en 1921 concrétiser son vieux rêve de l'automa­tisme pour tout le monde.


 

De la coupe aux lèvres

Dans un article consacré au F.A. modèle 1940, frère aîné du F.S.A. 1949-1956(2), nous avons largement évoqué l'évolution des études et réalisations en matière de fusil automatique entre 1921 et 1940, aussi, nous n'y revien­drons pas. Soulignons toutefois les grandes lignes:

-   Le programme de 1921 donna naissance à une famille de fusils automa­tiques qui aboutit au F.A. modèle 1940 ;

-   De l'arme automatique pour tous les combattants on en revint, vers 1935, à l'arme pour les bons tireurs. Cela pour des raisons de mise au point du F.A. au début des années  1930 (étude du fusil à répétition manuelle en calibre 7,5mm, futur M.A.S.   1936).

En 1940, une première commande de 10000 F.A. modèle 1940 était passée et une production cadencée de 5 000 armes par mois envisagée. Dans un pre­mier temps, il s'agissait de doter tous les bons tireurs des sections d'infanterie du nouveau fusil, comme en 1918. La dotation du fantassin en fusil automa­tique était différée. On en revenait donc par nécessité aux méthodes de 1917.


 

Encore un tour

Les événements de 1940 enrayèrent tout développement du F.A. modèle 1940. A la Libération, ce fut le rush sur le fusil automatique français qui devait remplacer les fusils Garand américains et donner à l'infanterie une arme à l'égal des meilleurs fusils alors en dotation dans les armées alliées.

 Une production mensuelle du F.A. mo­dèle 1944 (version à peine améliorée du F.A. modèle 1940) de 10000 exemplaires fut demandée et, sans attendre le lancement de la production, "l'article fut lancé sur le marché". Ainsi, la 185e édition des "Leçons du fantassin", de 1946, présente pour l'instruction du tirailleur le F.A. modèle 1944, arme destinée à l'équipement de la troupe en remplacement du fusil à répétition manuelle modèle 1936.

Comme en 1920, on en revenait à l'arme automatique pour tout le monde. Malheureusement pour le F.A. modèle 1944, la Seconde Guerre mondiale prit fin avant que son industrialisation ne commençât. Le conflit terminé, les besoins devenant moins urgents, on commença à s'inquiéter des propriétés du F.A. modèle 1944 à lancer la grenade à fusil, mais aussi à s'interroger sur le principe même du système de fonctionnement automatique d'un fusil qui datait quelque peu. Surtout qu'entre le pro-gramme de 1921 et la fin du second conflit mondial, était apparu le fusil d'assaut, ce fusil-mitrailleur léger et bon marché que l'on envisageait depuis plusieurs décennies. Avec le "Sturmgewehr" et sa munition de 7,92 mm courte, les Allemands avaient montré la voie. Faire un fusil semi-automatique à l'égal du Garand et du Simonov, n'était-ce point prendre une guerre de retard ?

Dans le programme de 1946 pour l'armement de petit calibre, on envisagea de doter tous les combattants d'une arme tirant par rafales, genre "Sturmgewehr" ou U.S. M2. Le fusil semi-automatique redevenant alors une arme pour bons tireurs ; décidément, on n'échappe pas à son destin.


 

 

Le F.A. modèle 1944

Dès la mise en service des tout premiers exemplaires du M.A.S. modèle 1944, son manque de résistance au tir à la grenade apparut, ainsi que son manque de précision. Signalons toutefois que le modèle 1944, dérivé direct du modèle 1940, tirait sans incident la grenade V.B.

Le programme de 1946 reléguant le F.A. modèle 40 comme fusil de tireur d'élite, le tir à la grenade passa au second plan (interdiction de tirer la grenade mais possibilité quand même en cas de besoin).

Le gros problème du tir à la grenade était l'expansion des gaz de combustion dans le tube adducteur qui agissait sur les parties mobiles de la culasse. Une seule solution : boucher l'emprunt de gaz...

Du coup, lors de la séance tenue à l'E.MA, le 20 octobre 1946, on décida l'étude d'un nouveau fusil automatique directement dérivé du M.A.S. 1944. Ce nouveau fusil devait comporter les améliorations suivantes :

- H  + L = 30 à 200 mètres;

- Ligne de mire réglable à cran de mire et non à œilleton comme le F.A. modèle 1944;

- Lunette de visée permettant le tir de précision à 600 mètres ;

- Dispositif de court-circuitage de l'emprunt de gaz pour permettre le tir à la grenade. 

- Pas de baïonnette;

- Sabot de crosse en caoutchouc;

- Crosse   pliante   pour   certains fusils destinés aux parachutistes et éclaireurs skieurs (genre M.A.S. 1936 C.R. 1939).

Si l'armée de terre abandonnait donc le F.A. modèle 1944 au profit d'un F.A. futur pour ses tireurs d'élite, la marine en commanda 6 200 exemplaires dont un certain nombre participèrent aux combats d'Indochine.

 


 

 

Le F.A. modèle  1949

Le 12 juillet 1949, le F.A. modèle 1949, qui répondait au programme que nous venons de citer, était adopté et commandé à 20 600 exemplaires. Les livrai¬sons devant s'effectuer à raison de 3 000 armes par mois.

L'arme était organisée pour le tir de la grenade modèle 1948, réalisée à partir de la grenade modèle 1939, mais avec un empennage en acier se composant d'une douille-tube d'un diamètre intérieur de 17 mm et de quatre ailettes. Le moins que l'on puisse dire du F.A. modèle 1949 c'est qu'il était un fusil de transition.

Après l'arrivée du F.R. F1, il trouva une honnête place comme arme classique capable d'exécuter du tir à tuer et de lancer des grenades. On oublia le tir de précision...

 

1950-1956, l'évolution de l'arme individuelle

Au début des années cinquante, le "Sturmgewehr" à la française fut abandonné à la suite de l'échec des études portant sur une munition courte de 7,5 mm dérivée directement de la 7,5mm modèle 1929C. La carabine genre U.S. M2 tirant la cartouche de 7,65 mm long fut elle aussi abandonnée. Si la 7,65 mm possédait des qualités importantes de perforation, son pouvoir d'arrêt réduit la condamnait et déjà on s'orientait vers le calibre de 9 mm pour les P.M. et P.A.

Un nouveau programme fut lancé pour réaliser, cette fois, un fusil tirant en rafales la cartouche de 7,5 mm ou 7,62 mm. Cette étude devait donner naissance au F.A. type 1954, ancêtre du F.A.M.A.S. actuel, mais aussi de deux autres F.A. plus classiques.

En Belgique, la F.N. réussissait à mettre au point son célèbre F.A.L., excellent fusil-mitrailleur léger dont la masse se rapprochait de celle du fusil : le vieux rêve de tous les états-majors était enfin réalisé. Bien entendu, des grincheux critiquèrent le F.A.L pour sa précision aléatoire en rafales, perdant de vue que le tir en rafales ne pouvait être correctement exécuté que sur bipied.

 

A Saint-Etienne, les ingénieurs de la M.A.S. ne restèrent pas inactifs devant la réussite de la F.N. et mirent au point un F.A. classique type 1956, puis 1958 qui pouvait parfaitement soutenir la comparaison avec l'arme belge. Malheureusement, comme toujours après essais, on demanda d'adapter au F.A. type 1956 ou 1958 un "distributeur automatique de café". La "perfectionnite", vieille maladie, sévissait toujours !

Ce fut le F.A. type 1962 qui buta sur le F.A.L. mais aussi sur les munitions de petit calibre (5,56 mm).

 


 

1900-1955, le bilan

Nous venons de résumer l'évolution du F.S.A. de la fin du XIXe siècle à l'immédiat après-Seconde Guerre mondiale. Mais, en 1955, quels étaient les résultats tangibles pour le combattant ?

En fait, depuis 1900, si dans les hautes sphères on parlait beaucoup du fusil automatique, le combattant n'avait guère eu l'occasion de s'en servir.

Depuis 1900, les modèles fabriqués avaient été les suivants :

- Fusil automatique de la série A dit Meunier, quelques dizaines d'exemplaires pour essais en corps de troupe ;

- Fusil automatique modèle A6, 1 000 exemplaires remis aux aviateurs;

- Fusil   automatique   modèle    1917, 86 000 exemplaires livrés avant l'armistice de  1918, remis aux bons tireurs;

- Fusil   automatique   modèle    1918, 4000   fabriqués   après   1918,   utilisés pendant la guerre du  Rif ;

- Fusil automatique type   1938-1939, quelques dizaines  distribués  en   1940 (maximum 250 exemplaires) ;

- Fusil automatique modèle 1940, série de prototypes dont certains (fort peu) utilisés par les résistants de la région de Saint-Etienne ;

- Fusil automatique modèle  1944, 40 exemplaires mis en essais dans le corps de troupe et 6 200 exemplaires livrés à la marine;

- Fusil   automatique   modèle    1949, 20 600 exemplaires livrés aux bons tireurs à  partir de   1950.

Au total, environ 120 000 fusils automatiques en cinquante ans, une goutte d'eau dans la mer si l'on compare ce chiffre à celui des millions d'hommes qui passèrent sous les drapeaux pendant cette période.

 

En 1955, le fusil automatique de l'armée française était le Garand d'origine américaine, en service depuis 1942. Sans oublier les petites carabines U.S. M1 et U.S. M2, si proches de la carabine automatique Meunier en calibre 7 mm, de... 1904.

 


 

 

Et pendant ce temps, sur le terrain...

En 1914, le pioupiou aurait pu partir avec un fusil automatique, peu revinrent comme ils étaient partis, avec un fusil à répétition modèle 1886-1893.

En 1940, le poilu aurait pu partir avec un fusil automatique, beaucoup revinrent sans leur fusil à répétition modèle 1907-1915 modifié 1916.

Après la Libération de 1944, ce fut le fameux fusil à répétition modèle 1936 dont l'industrialisation était au point qui prit la relève et connut, à partir de cette époque, sa période faste. Curieux destin pour une arme de transition étudiée à partir de 1928, suite au retard enregistré dans les études du fusil automatique, mais qui fit toutes les guerres depuis 1940 et dote encore aujourd'hui bon nombre d'unités de réserve.

De 1942 à 1950, l'armée française fit toutes ses campagnes avec des armes étrangères ou le fusil M.A.S. 1936.

Bref, en 1955, à part les F.A. modèle 1949, le soldat français ne connaissait des fusils nationaux que ceux à répétition.

 


 

De l'influence de la grenade

Si, depuis 1944, l'arrivée d'un fusil automatique avait été retardée, ce n'était pas tant que le principe en soi ne convenait pas, mais il s'agissait de donner au fusil la possibilité de tirer la grenade. Cette idée généralisée au cours de la Première Guerre mondiale avait fait son chemin. L'apparition de la grenade antipersonnel modèle 1939, pré¬vue pour les systèmes de 8 mm et 7,5 mm afin de remplacer les tremblons V.B., avait déjà avant-guerre relancé l'intérêt pour le fusil lance-grenades. Intérêt accru par la mise en service de la grenade antichar S41.

Dans la gamme des armes à tir courbe, l'armée française de 1946 disposait de :

- Grenade à fusil modèle 1939 portant à 250m;

- Lance-grenades modèle 1937 portant à 450 m ;

- Mortier de 60mm modèle 1935 portant à  1 000 m ;

- Mortier   de   81 mm   modèle   1927-1931  portant à 2000m;

Pour le tir direct antichar, on trouvait:

- Grenade à fusil S41 ou S45 portant à 80m;

- Lance-roquettes antichars M6 portant à  100m (pratique).

 

En définitive, pour une plage de tir allant de 80 à 2 000 m, on devait faire appel à six armes spécifiques.

Aussi, l'idée de réduire le nombre de types d'armes en augmentant la puissance de feu mais aussi et surtout la masse des munitions à porter s'imposa-t-elle de plus en plus.

Pour l'armement futur, celui des années cinquante, fut prévu :

Tir courbe :

- Grenade à fusil portant à 400 m ;

- Mortier   de   81 mm   portant  à 4000m;

- Mortier   de    120mm   portant  à 6000m.

Tir direct :

- Grenade à fusil portant à 80 m ;

- Lance-roquettes antichars  portant à 135m.

Au total, cinq armes spécifiques couvrant une plage de tir allant de 80 à 6 000 m dont une (mortier de 120 mm) capable d'offrir à l'infanterie une véritable "artillerie".

 

Remarquons que la puissance de feu était largement améliorée ainsi que les portées, qui passaient des distances comprises entre 80 m et 2 000 m en 1946 aux distances comprises entre 80 m et 6 000 m pour l'armement futur.

Au niveau de la section de combat, le fusil lance-grenades devait remplacer le lance-grenades modèle 37 avec la possibilité de lancer une grenade portant aussi loin que ce dernier et possédant un pouvoir vulnérant aussi puissant que celui du mortier de 60 mm.

 Cette nouvelle optique réclamait donc un nouveau fusil capable "d'encaisser" le départ d'une grenade de forte puis-sance.

 


 

Dès l'origine, le F.S.A. 1949-1956 fut prévu pour le tir à la grenade, le tir à balle étant relativement secondaire. Aussi, le service des études de la Manufacture d'armes de Saint-Etienne re-prit-il le système semi-automatique du F.A. modèle 1949 en l'adaptant à la nouvelle mission.

L'affaire n'était pas mince car il fallait, outre le tir à la grenade, disposer d'un fusil dont la masse restait inférieure à 4 kg, capable d'effectuer à 600 m un H + L de 60 cm et, pour la version de précision, un H + L de 40 cm à la même distance ! C'est donc une arme entièrement nouvelle que proposa la M.A.S., reprenant certes un principe de fonctionnement étudié depuis 1921, mais sans commune mesure avec les possibilités prévues à l'origine.

Ainsi :

• Tirant un projectile d'environ 9 g, un fusil subit un choc correspondant à une chute égale à 0,75 m.

• Tirant une grenade de 500 g, le même fusil subit un choc correspondant à une chute égale à 2,30 m.

Pour une grenade de 800 g, l'arme supporte l'équivalent d'un choc consécutif à 6 m de chute.

Autant dire qu'entre le F.A. modèle 1940 capable seulement de tirer une balle de 7,5mm et le F.S.A. 1949-1956 tirant une grenade de 800g, il existe un monde. Cela explique pourquoi, de 1944 à 1956, il fallut douze années pour mettre au point un système d'arme cohérent capable d'offrir au combattant une polyvalence qui reste encore de nos jours relativement rare.

 

Entrée en service du F.S.A.

Livré en petites quantités à partir de 1957, le F.S.A. 49/56 participa d'une manière effacée aux opérations d'Algérie avant de devenir le fusil représentatif de l'armée française après les réductions d'effectifs dues au repli sur l'Hexagone.

Lorsque les premiers F.S.A. 49/56 ar-rivèrent en unités début 1957, les forces françaises utilisaient un grand nombre d'armes d'épaule de conception nationale ou étrangère.

Parmi celles-ci retenons :

- Le fusil à répétition modèle 1936 et sa modification 36/51 ;

- Le fusil semi-automatique modèle 1949;

- Le fusil semi-automatique M 1 Garand ;

- La carabine  semi-automatique M 1 ou automatique M 2 ;

- Le fusil à répétition US 17.

Ces trois dernières armes d'origine américaine ayant été versées à l'armée française au titre du plan d'assistance mu-tuelle (P.A.M.).

Parallèlement aux armes que nous venons d'énumérer, citons aussi les fusils à répétition modèle 1886/93, 07/15 modifié 16, Mauser 98 K.

Autant dire que l'arrivée du F.S.A. 49/56 fut très discrète...

 

Une arme du temps de paix

Ce n'est qu'au début des années soixante que le F.S.A. 49/56 commença à apparaître en quantité non négligeable dans les groupes de combat aux côtés du P.M. modèle 1949 et de l'AA 52. Toutefois, le F.S.A. 49/56 ne devait jamais équiper l'ensemble des unités auxquelles il était destiné. Jusqu'en 1967, date à laquelle la France quitta l'OTAN., les armes américaines versées au titre du P.A.M. constituèrent l'essentiel des dotations. Après 1967, les armes américaines furent rendues et l'armée française se retrouva avec le fusil à répétition modèle 1936 et les F.S.A. 49 ou 49/56, ce dernier ayant été fabriqué à 200000 exemplaires. A la fin des années 1960, la situation n'était guère brillante car en cas de mobilisation, la plupart des unités françaises auraient reçu le fusil modèle 36, seules les unités du corps de bataille étant équipées du F.S.A. 49/56.

 

Les dérivés du F.S.A. 49/56

Le F.S.A. 49/56 donna naissance à deux versions bien distinctes, le F.S.A. 49/56 M.S.E. (modifié Saint-Etienne) et le F.SA 49/56 en calibre 7,62 N.

Le 16 février 1968, le F.S.A. 49/56 modifié pour le tir de précision recevait l'appellation provisoire de F.S.A. 49/56 A ; A pour amélioré.

Le 27 juin 1968, une commande offi-cielle pour 3 000 collections permettant la transformation (amélioration) du F.S.A. 49/56 était passée. Le 12 sep¬tembre 1969, le F.S.A. 49/56 A devenait officiellement le F.S.A. M.S.E. (modifié Saint-Etienne).

Sur les 3 000 collections commandées, il semble qu'à peine 1 000 furent effec¬tivement livrées dont environ 300 à des Etats africains, 260 à l'armée de l'air (quelques armes destinées à l'armée de l'air furent modifiées par la M.A.T.), 220 sur 560 prévues à la gendarmerie et 100 à l'armée de terre.

Les livraisons s'échelonnèrent d'août 1968 à décembre 1971.

Entre 1963 et 1967, cinquante F.S.A. 49/56 en calibre 7,62 N furent fabriqués, ces armes portent les numéros compris entre 200 et 249.

 

Un trou de vingt ans

De 1960 environ à 1980, l'armée française vécut sur un stock de 300 000 fusils semi-automatiques et plusieurs centaines de milliers de M.A.S. 36. Cette situation, curieuse pour une puissance nucléaire, provenait en grande partie de l'abandon en 1962 du fusil automatique. Le F.A type 62 ne devait pas survivre à l'industrialisation du char A.M.X. 30 et faillit être remplacé par le fusil belge F.A.L

Une colère du ministre de la Défense de l'époque, Michel Debré, fit capoter ce projet et relança, à petite vitesse, les études pour un nouveau fusil français qui deviendra par la suite le F.A.M.A.S. Au milieu des années 1970, pour faire face à l'usure du stock de F.S.A., une nouvelle fabrication de 49/56 fut lancée afin de faire la soudure en attendant l'arrivée du fusil d'assaut. Ce dernier, dont les premières livraisons s'effectuèrent à partir de 1979, a depuis cette époque remplacé le F.S.A. 49/56 mais aussi le P.M. 49.